Contes

La forêt de Scissy
elodie reglat
elodie reglat

 Il était une fois… un poisson qui eut une poussée de pattes. Il devint animal terrestre. Son cousin fit de même, mais à lui, ses écailles tombèrent. Les poils lui poussèrent. 

Une lointaine cousine l’imita, mais alla plus loin dans sa mutation : sa queue disparut, elle se redressa et se mit à marcher sur deux membres qu’elle appela jambes. 

Elle ne garda qu’un court coccyx en souvenir de son cousin.
Mais dans la baie du Mont Saint Michel, tout fut différent.
Car autrefois, le Mont Saint-Michel et le rocher de Tombelène s’élevaient audessus d’une épaisse forêt nommée la forêt de Scissy. Le rivage courait jusqu’aux îles Chausey, qui du coup, n’étaient pas des îles… Parmi les arbres drus se faufilaient des hommes et des femmes, lointains cousins du premier poisson, vêtus de peaux de bêtes.

Les années passèrent, les humains se sophistiquèrent, améliorèrent leurs vêtements, leurs logements, leurs techniques de chasse, leur relation avec la forêt. En bien ou en mal, nul ne le sait, car…

  En mars 709, la mer s’enfla, gonfla si bien qu’elle engloutit toute la forêt surson passage, humains compris. Seuls les points les plus élevés sortirent la tête de l’eau : le roc Saint-Michel, la triste Tombelène et quantité de bossesque l’on nomma archipel de ChauseyC’est alors que quelques humains engloutis se souvinrent de leurs ancêtres et décidèrent d’évoluer en sens contraire. Ils laissèrent tomber leurs poils entreprirent des écailles. Une queue leur repoussa, queue de poisson, de tuiles lisses, et ils s’adaptèrent à leur milieu aquatique. Comme souvenir de leur viehumaine, ils conservèrent des petits pieds.

Dans les mémoires d’Outre-Tombe, Chateaubriand écrit de cette forêt engloutie : « Entre la mer et la terre s’étendent des campagnes pélagiennes, frontières
indécises des deux éléments : l’alouette de champ y vole avec l’alouette marine; la charrue et la barque à un jet de pierre l’une de l’autre, sillonnent la terre et
l’eau. Des sables de diverses couleurs, des bancs variés de coquillages, des varechs, des franges d’une écume argentée, dessinent la lisière blonde ou verte
des blés. »
Et moi, j’y ai vu une sirène, qui traversait la baie, à pied.

elodie reglat

 Il était une fois… un poisson qui eut une poussée de pattes. Il devint animal terrestre. Son cousin fit de même, mais à lui, ses écailles tombèrent. Les poils lui poussèrent. 

Une lointaine cousine l’imita, mais alla plus loin dans sa mutation : sa queue disparut, elle se redressa et se mit à marcher sur deux membres qu’elle appela jambes. 

Elle ne garda qu’un court coccyx en souvenir de son cousin.
Mais dans la baie du Mont Saint Michel, tout fut différent.
Car autrefois, le Mont Saint-Michel et le rocher de Tombelène s’élevaient audessus d’une épaisse forêt nommée la forêt de Scissy. Le rivage courait jusqu’aux îles Chausey, qui du coup, n’étaient pas des îles… Parmi les arbres drus se faufilaient des hommes et des femmes, lointains cousins du premier poisson, vêtus de peaux de bêtes.

Les années passèrent, les humains se sophistiquèrent, améliorèrent leurs vêtements, leurs logements, leurs techniques de chasse, leur relation avec la forêt. En bien ou en mal, nul ne le sait, car…

En mars 709, la mer s’enfla, gonfla si bien qu’elle engloutit toute la forêt surson passage, humains compris. Seuls les points les plus élevés sortirent la tête de l’eau : le roc Saint-Michel, la triste Tombelène et quantité de bossesque l’on nomma archipel de ChauseyC’est alors que quelques humains engloutis se souvinrent de leurs ancêtres et décidèrent d’évoluer en sens contraire. Ils laissèrent tomber leurs poils entreprirent des écailles. Une queue leur repoussa, queue de poisson, de tuiles lisses, et ils s’adaptèrent à leur milieu aquatique. Comme souvenir de leur viehumaine, ils conservèrent des petits pieds.

Dans les mémoires d’Outre-Tombe, Chateaubriand écrit de cette forêt engloutie : « Entre la mer et la terre s’étendent des campagnes pélagiennes, frontières
indécises des deux éléments : l’alouette de champ y vole avec l’alouette marine; la charrue et la barque à un jet de pierre l’une de l’autre, sillonnent la terre et
l’eau. Des sables de diverses couleurs, des bancs variés de coquillages, des varechs, des franges d’une écume argentée, dessinent la lisière blonde ou verte
des blés. »
Et moi, j’y ai vu une sirène, qui traversait la baie, à pied.

L'origine du violon

elodie reglat

 Il était une fois un chat.
Mais pas n’importe quel chat.
Un chat noir ébène, la fourrure épaisse et chatoyante, reflétant la lumière du
soleil, l’éclat froid de la lune et les couleurs de la vie. Son museau fin et fier
est serti de deux émeraudes oblongues à travers lesquelles il contemple le
monde qui se déroule sous ses pattes légères : un territoire sans barrière ni
frontière, vaste comme l’éternel, parfois vert et humide de la rosée du matin,
parfois gris et sec, piquant le nez. Tout lui plaît, chaque paysage est sa
maison, il est affranchi de toute contrainte et tellement épris de cette
liberté…L’Amour, il le vit partout. Chaque jour. Ce n’est pas pour lui l’attache à une partenaire de son espèce qui lui ouvrirait les portes uniques d’une vie

conjugale. 

Mais un sursaut de liberté vient secouer le chat : toute prison, même la plus
douce, ne peut supplanter le bonheur d’être libre. Il laisse donc la belle
chatte éperdue derrière lui…
La passion de La Ramone, chargée de déception n’en devient que plus
violente. Elle commence à haïr cette rivale insaisissable, cette liberté qu’elle
a autrefois tant admiré. Sa jalousie l’emporte.
Elle fait alors enfermer le chat dans une cage sans porte, fondue dans un
alliage imputrescible dont elle seule connaît la recette : ainsi prisonnier,
l’objet de son Amour restera toujours auprès d’elle, heureux ou non. 

Notre chat n’y résiste d’ailleurs pas : il goûte à ce nectar qui l’emporte vers des émotions encore jamais atteintes. Son cœur s’échauffe. La Ramone est

au comble de la félicité…

Notre chat ouvre toutes les portes. Il aime, avec sa soif de liberté,
fidèle à sa manière, amoureux de toute femelle, de chaque plaisir empli de
l’émotion de la première rencontre.

De ce fait, il ne s’arrête jamais. Et s’il retourne sur ses pas, au hasard de
l’aventure, c’est une facette nouvelle de ce même lieu qui s’offre à son
instinct.
Il traverse la vie, semant parfois le trouble dans le cœur d’une chatte à
laquelle échappe cet étrange besoin de liberté absolue.

La Ramone a vu le chat. En le croisant, elle s’est noyée dans le béryl vert de
ses yeux. Médusée par le reflet de son manteau de nuit, elle s’est oubliée.

Elle s’est perdue dans les méandres d’une passion folle que lui inspirait
également une admiration sans retenue pour cet être guidé par la liberté seule. 

La Ramone est tombé éperdument amoureuse du chat. Elle ne souhaite rien

d’autre que de partager sa liberté. Elle tente de le séduire : c’est sans
compter que la liberté ne se partage pas.

Le chat cède bien au plaisir de la rencontre, mais son cœur reste froid de
toute passion durable.
La Ramone est un peu sorcière : elle se met alors à inventer toutes sortes de
philtres visant à infléchir le cœur de l’indomptable. Philtre d’Amour, élixir de
plaisirs divins, aphrodisiaques en tous genres… Rien n’y fait. Le chat
retombe toujours sur ses pattes souples et reprend la route.
Elle décide alors de se transformer en la chatte la plus fine et délicate que la
création ait engendrée. Le moindre de ses mouvements est précédé d’un
parfum des plus enivrants, léger et pénétrant, émanant d’une fourrure suave
comme le cœur d’une amande. Simplement irrésistible. 

Notre chat n’y résiste d’ailleurs pas : il goûte à ce nectar qui l’emporte vers des émotions encore jamais atteintes. Son cœur s’échauffe.

 La Ramone est

au comble de la félicité…

Le chat n’a jamais connu plus grande infortune. Le voilà qui se met à
miauler de désespoir. Ses cris déchirent l’air en phrases perçantes, du
sombre à l’aigu. Ils pénètrent la chair, font vibrer les feuilles des arbres, les
barreaux de la cage, le cœur de La Ramone qui, en vain, se bouche les
oreilles. A force de miaulements, les cordes vocales du chat se mettent à
produire des sons de plus en plus précis et mélodieux. Elles vibrionnent,
s’allongent, résonnent en une complainte puissante et désespérée.
Penchée au dessus de la cage, La Ramone est bouleversée. Une larme roule sur sa joue, suit un sillon jusqu’au bout de son nez puis tombe en perle de tristesse sur la fourrure soyeuse. Le chat commence alors à se transformer :
ses cordes vocales continuent à s’étirer jusqu’à atteindre sa queue qui se raidit doucement.

Elles vibrent toujours plus, et la sorcière pleure maintenant à chaudes larmes.
Le chat se change en violon. Les larmes de La Ramone font fondre la cage, deviennent si abondantes qu’elles forment une rivière, emportant le violon
au loin, jusqu’au monde des hommes.

   Il était une fois un chat.
Mais pas n’importe quel chat.
Un chat noir ébène, la fourrure épaisse et chatoyante, reflétant la lumière du
soleil, l’éclat froid de la lune et les couleurs de la vie. Son museau fin et fier
est serti de deux émeraudes oblongues à travers lesquelles il contemple le
monde qui se déroule sous ses pattes légères : un territoire sans barrière ni
frontière, vaste comme l’éternel, parfois vert et humide de la rosée du matin,
parfois gris et sec, piquant le nez. Tout lui plaît, chaque paysage est sa
maison, il est affranchi de toute contrainte et tellement épris de cette
liberté…L’Amour, il le vit partout. Chaque jour. Ce n’est pas pour lui l’attache à une partenaire de son espèce qui lui ouvrirait les portes uniques d’une vie

conjugale. 

elodie reglat
elodie reglat

Mais un sursaut de liberté vient secouer le chat : toute prison, même la plus
douce, ne peut supplanter le bonheur d’être libre. Il laisse donc la belle
chatte éperdue derrière lui…
La passion de La Ramone, chargée de déception n’en devient que plus
violente. Elle commence à haïr cette rivale insaisissable, cette liberté qu’elle
a autrefois tant admiré. Sa jalousie l’emporte.
Elle fait alors enfermer le chat dans une cage sans porte, fondue dans un
alliage imputrescible dont elle seule connaît la recette : ainsi prisonnier,
l’objet de son Amour restera toujours auprès d’elle, heureux ou non. 

Notre chat n’y résiste d’ailleurs pas : il goûte à ce nectar qui l’emporte vers des émotions encore jamais atteintes. Son cœur s’échauffe. La Ramone est

au comble de la félicité…

Notre chat ouvre toutes les portes. Il aime, avec sa soif de liberté,
fidèle à sa manière, amoureux de toute femelle, de chaque plaisir empli de
l’émotion de la première rencontre.

De ce fait, il ne s’arrête jamais. Et s’il retourne sur ses pas, au hasard de
l’aventure, c’est une facette nouvelle de ce même lieu qui s’offre à son
instinct.
Il traverse la vie, semant parfois le trouble dans le cœur d’une chatte à
laquelle échappe cet étrange besoin de liberté absolue.

La Ramone a vu le chat. En le croisant, elle s’est noyée dans le béryl vert de
ses yeux. Médusée par le reflet de son manteau de nuit, elle s’est oubliée.

Elle s’est perdue dans les méandres d’une passion folle que lui inspirait
également une admiration sans retenue pour cet être guidé par la liberté seule. 

La Ramone est tombé éperdument amoureuse du chat. Elle ne souhaite rien

d’autre que de partager sa liberté. Elle tente de le séduire : c’est sans
compter que la liberté ne se partage pas.

  Le chat cède bien au plaisir de la rencontre, mais son cœur reste froid de
toute passion durable.
La Ramone est un peu sorcière : elle se met alors à inventer toutes sortes de
philtres visant à infléchir le cœur de l’indomptable. Philtre d’Amour, élixir de
plaisirs divins, aphrodisiaques en tous genres… Rien n’y fait. Le chat
retombe toujours sur ses pattes souples et reprend la route.
Elle décide alors de se transformer en la chatte la plus fine et délicate que la
création ait engendrée. Le moindre de ses mouvements est précédé d’un
parfum des plus enivrants, léger et pénétrant, émanant d’une fourrure suave
comme le cœur d’une amande. Simplement irrésistible. 

Notre chat n’y résiste d’ailleurs pas : il goûte à ce nectar qui l’emporte vers des émotions encore jamais atteintes. Son cœur s’échauffe.

 La Ramone est

au comble de la félicité…

Le chat n’a jamais connu plus grande infortune. Le voilà qui se met à
miauler de désespoir. Ses cris déchirent l’air en phrases perçantes, du
sombre à l’aigu. Ils pénètrent la chair, font vibrer les feuilles des arbres, les
barreaux de la cage, le cœur de La Ramone qui, en vain, se bouche les
oreilles. A force de miaulements, les cordes vocales du chat se mettent à
produire des sons de plus en plus précis et mélodieux. Elles vibrionnent,
s’allongent, résonnent en une complainte puissante et désespérée.
Penchée au dessus de la cage, La Ramone est bouleversée. Une larme roule sur sa joue, suit un sillon jusqu’au bout de son nez puis tombe en perle de tristesse sur la fourrure soyeuse. Le chat commence alors à se transformer :
ses cordes vocales continuent à s’étirer jusqu’à atteindre sa queue qui se raidit doucement.

Elles vibrent toujours plus, et la sorcière pleure maintenant à chaudes larmes.
Le chat se change en violon. Les larmes de La Ramone font fondre la cage, deviennent si abondantes qu’elles forment une rivière, emportant le violon
au loin, jusqu’au monde des hommes.

elodie reglat

PROLOGUE :
Son étrange musique lancinante et romantique a envoûté un homme qui
passait non loin de la rivière. Il s’est saisi du violon, a compris sa plainte et
l’a apaisé.
Dès lors, le violon a cessé de vibrer de tristesse. L’homme l’a caressé comme
on caresse un chat, d’abord avec la main. Le violon a tressailli un petits
« plig plig » de contentement, le pizzicato lui redonnant de la joie.
Puis l’homme l’a frotté avec une baguette qu’il a d’abord enveloppée du
meilleur crin de son cheval. En remerciement, le violon s’est mis à chanter
des mélodies gaies, des sautillements de joie.
L’homme a emmené le violon faire vibrer le cœur des autres hommes. Il les
regarde d’abord, puis ensemble, ils se mettent à jouer. L’homme a les yeux
noirs, noirs comme la fourrure du chat.

elodie reglat

PROLOGUE :
Son étrange musique lancinante et romantique a envoûté un homme qui
passait non loin de la rivière. Il s’est saisi du violon, a compris sa plainte et
l’a apaisé.
Dès lors, le violon a cessé de vibrer de tristesse. L’homme l’a caressé comme
on caresse un chat, d’abord avec la main. Le violon a tressailli un petits
« plig plig » de contentement, le pizzicato lui redonnant de la joie.
Puis l’homme l’a frotté avec une baguette qu’il a d’abord enveloppée du
meilleur crin de son cheval. En remerciement, le violon s’est mis à chanter
des mélodies gaies, des sautillements de joie.
L’homme a emmené le violon faire vibrer le cœur des autres hommes. Il les
regarde d’abord, puis ensemble, ils se mettent à jouer. L’homme a les yeux
noirs, noirs comme la fourrure du chat.